jeudi 26 septembre 2013

Opiniatrement-libre


Opiniâtrement libre.

Chaque semaine, l’homme d’affaire Gilles Bordonado gratifie les lecteurs de l’hebdomadaire dont il est propriétaire d’une sorte d’éditorial, qu’il intitule “Libre opinion”. 

     Il faut rendre cette justice à Gilles Bordonado, il n’a jamais prétendu être un journaliste, ni faire preuve d’objectivité, ni d’impartialité. Cela lui serait d’ailleurs assez difficile, eu égard aux gens très influents qu’il ne pourrait se permettre de mécontenter.

      Cela dit, il lui arrive d’aller un peu au-delà de la réserve que lui impose sa situation, et de prendre ostensiblement parti là où il aurait pu s’en dispenser.

      Ainsi, dans ce qu’il nomme un “article”, il fait un éloge quasiment dithyrambique de l’équipe sortante de Terrebonne, si bien assise et installée qu’elle semble indéboulonnable, indécollable.

      Il souligne, ce qui est la stricte vérité, que la lutte est inégale. Aucune opposition, qu’elle soit organisée, indépendante ou d’apparence, ne pourrait compter sur des ressources et des moyens comparables à ceux de l’équipe au pouvoir, c’est très évident. On ne reste pas si longtemps en place sans avoir fait le tour de tous les tours. Quand Gilles Bordonado dit qu’ils ont “l’expérience du pouvoir”, là encore, il ne fait qu’énoncer une évidence (en forme d’euphémisme). La longueur d’avance dont il parle est donc économique et stratégique. Dans les grandes longueurs.

      Là où il dépasse son rôle de propriétaire d’hebdomadaire d’annonces locales, dans lequel il tient tribune, c’est quand il assure, après avoir dénigré l’opposition sans l’avoir vraiment prise en compte, que “la grande majorité” de la population est satisfaite de l’équipe au pouvoir, puisqu’on ne voit pas de mobilisation en masse. Rappelons que cette équipe a été élue par environ un cinquième des électeurs inscrits, ce qui ne constitue pas une légitimité écrasante, et que le parti qui gagne chaque élection municipale depuis bien longtemps, c’est le parti abstentionniste. Trop d’électeurs sont désabusés, écœurés, cyniques pour croire encore à la démocratie, et ne se donnent même plus la peine de voter, ni de s’informer, ni surtout de s’impliquer, trop convaincus que ça ne sert à rien de toute façon, que les candidats sont tous les mêmes et qu’eux-mêmes, en tant que simples citoyens, ne peuvent avoir aucune influence sur la façon dont ils seront tondus et rôtis.

      C’est très préoccupant, car si l’on nie tout à fait la démocratie, que reste-t-il ? Sous quelle sorte de régime vivons-nous, dans les faits ? Je laisse chacun répondre à cette question et choisir son destin.
Personnellement je préfère vivre ici et maintenant, quelque imparfaite soit notre démocratie, que dans l’Espagne de Franco ou le Chili de Pinochet. Je voudrais surtout que cette démocratie soit plus qu’une apparence : un état d’esprit, une façon de fonctionner, fondée sur le respect mutuel.

      Quand Gilles Bordonado laisse entendre qu’il est heureux que cette lutte soit inégale, il nie purement et simplement la légitimité des élections démocratiques, ce qui est regrettable pour quelqu’un qui a, malgré tout, plus de visibilité que le commun des mortels, grâce à l’hebdomadaire d’annonces locales dans lequel il publie chaque semaine un article – pardon, un éditorial – pardon, une libre opinion.

      Contrairement à ce qu’ont dit et répété certaines personnes oubliables, il est légitime de proposer une alternative, sans se faire dire que les élections ça ne sert à rien et que les candidats sont des clowns. Il est souhaitable de ne pas laisser des élus prendre racines au point d’être indéracinables.

      Je lui souhaite de conserver sa liberté d’opinion, sa liberté d’expression, et je souhaite à tous de pouvoir exercer eux aussi cette double liberté. -  
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2 commentaires:

Thibaud a dit…

L'éditorial auquel ce mot répond est ici :

http://www.larevue.qc.ca/chroniques_libre-opinion-n27479.php

Gilles Bordonado a dit…

Chers lecteurs et lectrices du blogue de Thibaud, je vous invite, si ça vous dit, de lire l'intégralité de mon texte pour vous faire une opinion plus juste de ce que j'ai écris. Cela sera éclairant pour vous. Cela vous permettra d'apprécier sous un jour nouveau l'interprétation toute personnelle de votre ami blogueur qui visiblement, lui, n'a aucun parti pris.
Comme journaliste depuis 25 ans et chroniqueur depuis 20 ans, je n'ai peut-être pas les talents poétiques de monsieur Thibaud Sallé Phelippes de La Marnierre, mais je crois malgré tout avoir un jugement assez juste de la politique locale, que cela ne plaise ou non à certains. On verra ce qu'il en sera dimanche. À vous de juger, mais prenez tout de même le temps de nous lire tous les deux avant de me préjuger. Au plaisir !