mardi 10 janvier 2012

A Gilles B


Gilles Bordonado Mardi 10 janvier 2012

http://www.larevue.qc.ca/blogue-gilles-bordonado-2.php?art=111

Bye-bye 2011, bienvenue 2012!

Gilles Bordonado : L'année 2011 a été mouvementée. Mais que nous réserve 2012? Voilà l'exercice auquel s'est prêté notre journaliste et médium d'un jour Gilles Bordonado. «C'est un exercice humoristique pour s'amuser. On ne taquine que ceux qu'on aime...» plaide le chroniqueur du journal La Revue qui s'attend à recevoir une pluie de bêtises des gens dont il s'amuse et des critiques qui jugeront le texte «trop politique».

••• - Mais non, voyons, comme le dit si bien le (faux) adage latin, qui bene amat bene taquinat. Les personnes et groupes de personnes ainsi brocardés comprendront donc cette pudique et publique déclaration d’amour pour ce qu’elle est, un trait d’esprit, peut-être un peu “ado” sur les bords.

Gilles Bordonado : Les rumeurs s'intensifient. Douze candidats songent à se présenter à la mairie de Mascouche. À part Michel Gratton qui est toujours le seul à avoir confirmé sa présence, on compte, parmi les 11 aspirants potentiels, Guillaume «C'est mon rêve de devenir maire» Tremblay, Stéphane «Lave plus blanc» Handfield, Serge «C'est mon rêve de devenir maire (bis)» Hamelin, Lise «Je ne suis pas une girouette, j'ai des convictions!» Gagnon, Sylvain «J'essaye d'éviter la chicane» Picard, Denise «Qu'est-ce que je fais dans cette garderie?» Paquette, Luc «C'est mon rêve de devenir maire (... bis)» Thériault, et quelques autres...

••• - À part l’un d’entre eux, dont je sais les motivations, je suis moi aussi surpris par cette ruée vers l’assiette au beurre. Faut-il donc que l’intérêt soit à ce point supérieur aux risques encourus.

Gilles Bordonado : Richard «Je n'en crois pas mes yeux» Marcotte laisse planer le doute. «À 12 candidats, je pourrais gagner avec 12 % du vote», souligne le «quasi» septuagénaire, avec raison. «Surtout que j'ai l'appui de la population», lance-t-il le plus sérieusement du monde...

••• - Je gage que cet éminent personnage pense à la population “utile”, quelle que soit la définition de cette catégorie.

Gilles Bordonado : De son côté, Gilles «Je l'ai dit que je ne me présenterais pas!» Bordonado rerereconfirme qu'il ne sera pas candidat. Quant à Marianne «Sauvons la planète» Girard, elle songe à se présenter pour le Parti Vert... «Ça se fait au municipal, n'est-ce pas?» ajoute la femme d'affaires.

••• - à l’instar de cet écrivain auquel on demandait pourquoi il ne se présentait pas à l’Académie française, le discret mais disert journaliste préfère sans doute “qu’on se demande pourquoi il n’en est pas, plutôt que pourquoi il y est”. C’est faire acte de sagesse et de lucidité que de savoir attendre le moment propice. Et, pour la prochaine fois, ne sous-estimons pas les proverbiales “amicales pressions de son entourage” auxquelles il est impossible de résister. En attendant, bonne chance dans la ponte de ses éditoriaux à ce non-candidat provisoire.

Gilles Bordonado : Peter Smith, un jeune anglophone de 19 ans parfaitement bilingue habitant Mascouche Heights et étudiant à McGill en sciences politiques, songe aussi à se présenter à la mairie en portant la couleur orange du NPD. Il n'aura pas beaucoup de temps à consacrer à sa campagne, but who cares! Riez pas, ça se peut... Il a d'ailleurs donné un coup de fil à la députée Charmaine Borg, une ancienne collègue de classe, pour lui demander conseil.

••• - C’est très estimable d’être fidèle à ses anciens camarades de classe. Encore que l’intérêt du parfait bilinguisme à la mairie de Mascouche ne m’apparaisse pas d’une foudroyante évidence, je serai fidèle à l’une de mes maximes : plus on en sait, mieux c’est. Et puis, au NPD, il ne ferait pas tache. On parle bien des municipales, n’est-ce pas ?

Gilles Bordonado : Quant à Gilles Patenaude, à la tête de sa Coalition au nom imprononçable, il retourne chez lui habillé de sa traditionnelle robe de chambre, lassé de ne pas recevoir d'accusés de réception du ministre des Affaires municipales du Québec. «Personne ne me comprend», dit-il, songeant à lancer une nouvelle pétition pour que le maire Marcotte démissionne.

••• - S’il suffisait d’être ignoré pour être négligeable, et de faire les manchettes pour être considérable, la vie des journalistes et des observateurs serait tellement plus facile. Mais, comme vous le savez mieux que quiconque, la politique éditoriale, c’est encore de la politique. Et oublier de répondre à un courrier, c’est une forme de gestion.

Gilles Bordonado : Au Parti Québécois, Mathieu Traversy et Guillaume Tremblay poussent un grand soupir de soulagement : leur ancien collègue François Legault se présente dans la circonscription de L'Assomption. Ce dernier a une liste de 600 noms de candidats qui désirent porter les couleurs de la CAQ dans Terrebonne et Masson. Débordé, il donne le contrat à la firme ADECCO pour faire la sélection de base des candidats. Il fera la sélection finale...

••• - Oui, ça se bouscule au portillon du CAQADQ. Nous attendrons pour nous faire une opinion plus précise de savoir ce que tous ces gens ont en commun. À part l’ambition.

Gilles Bordonado : Suspense, suspense, on ne sait pas encore si Éric Parent et Valérie Robitaille feront la présélection. Les deux porte-parole de l'ADQ, pardon de la CAQ, sont dans l'antichambre depuis un an...

••• - L’important, dans ces sortes de choses, ce sont les réseaux et les appuis de gens qui comptent.

Gilles Bordonado : Scandale! Un quotidien annonce en exclusivité que 12 fonctionnaires de la Ville de Terrebonne ont volé la Municipalité. En effet, ils ont rapporté chez eux un crayon bleu et un autre noir. Le reportage en page couverture montre l'hôtel de ville et le maire Robitaille en gros plan. Les pages 2 et 3 présentent les 12 fautifs ainsi que les lieux où ont été achetés les crayons. On parle ici de Bureau en Gros, de Fournitures de bureau Denis et de la Librairie Lincourt. Le nouveau coordonnateur aux affaires publiques de la Ville, Joël Goulet, se dit offusqué de la manchette. Il constate qu'il a bien fait de quitter le métier. Et que dire du maire, qui parle de harcèlement et songe à des poursuites.

••• - La mise en demeure semble être un élément indispensable de la gestion municipale dans la couronne nord, c’est ainsi. Quelles que soient les sommes concernées, nous n’irions pas fouiller dans les caleçons que nous leur avons offerts à notre insu (car, n’en déplaise à certains élus, les journalistes, même d’enquête ou d’Enquête, ne sont pas des “fouille-merde”). C’est le principe qui est attaqué, et la décence oubliée. Cela dit vous avez raté l’occasion de faire de la pub à un excellent restaurant de Terrebonne, onéreux mais très bien fréquenté.

Gilles Bordonado : Coup de théâtre : lassé de voir la question des bornes-fontaines le hanter, le conseil municipal de Mascouche innove à nouveau. En effet, il donne un crédit de taxes de 500 $ à tous les contribuables ayant une borne-fontaine sur leur terrain pour la déneiger à l'hiver 2013. Le conseiller municipal Jacques Tremblay hésite à voter la résolution, se demandant si certains citoyens pourraient faire affaire avec un certain entrepreneur pour réaliser certains travaux...

••• - À ce prix-là ? Ce serait une aubaine. Mais ce serait sans doute moins rentable.

Gilles Bordonado : Les élections ayant lieu dans près d'un an, Renouveau Terrebonne envoie un communiqué sur la question des crayons de la Ville. C'est déjà ça de pris. Le chef (c'est quoi encore son nom?) parle de laxisme et d'un manque de transparence.

••• - RT n’envoie que peu de communiqués, qui sont parfois cités par La Revue, et ne se complaît guère dans la futilité. Sans aller jusqu’à invoquer l’adage Qui vole un œuf vole un bœuf (qu’est-ce que nos élus et chers fonctionnaires pourraient bien faire d’un bœuf – encore que…), les membres de RT ne sont pas seuls à souhaiter un peu plus de rigueur éthique dans la gestion municipale et ailleurs. En parler c’est bien, mais la pratiquer ce serait mieux. Quant à celui-dont-on-oublie-le-nom, si c’est une façon de dire qu’il a peu de choses en commun avec tel “kid-Kodak” dont on voit la photo partout dans certaine presse locale, ou avec le flamboyant maire de l’Antique capitale, c’est incontestable. Il est plus discret. Mais ce qu’il a dit ne manque tout de même pas d’intérêt. Cela dit, comme je le notais ci-dessus, c’est très estimable d’être fidèle à ses anciens camarades de classe. Grâces vous en soient rendues.

Gilles Bordonado : Le maire Jean-Marc Robitaille laisse planer le doute sur sa candidature à la mairie. Il hésite à se présenter, songeant au temps qui passe, aux longues soirées de réunions qui l'attendent, au prochain souper spaghetti au profit de Galilée et à une éventuelle nouvelle page couverture... Ça ne peut pas être une question d'âge, car les deux tiers de ses conseillers sont plus vieux que lui. Ces derniers sont en train d'effacer nombre de records du livre des records Guinness pour la longueur de leurs mandats comme conseillers municipaux.

••• - L’usure du pouvoir peut aussi affecter les artères, autant que les rues. Le Maire de droit divin pourra-t-il jouir d’un repos bien mérité en Floride ou en croisière, ou a-t-il l’ambition de mourir à son poste, comme certains de ses illustres prédécesseurs en politique ? Sa décision nous sera sans doute annoncée quand ce qui nous attend, et que vous évoquez ci-dessous, nous sera enfin révélé.

Gilles Bordonado : De leur côté, les deux députées néo-démocrates Manon Perreault et Charmaine Borg continuent de se pincer tous les 15 jours alors que se déposent, par dépôt direct, dans leur compte respectif, leurs payes de députées fédérales. Nous aussi, on se pincerait...

••• - Je me pince déjà. Il faut dire pour leur défense qu’elles ne s’y attendaient pas plus que nous. Et au moins, elles font preuve de bonne volonté.

Un an après l'inauguration de son agrandissement, le Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne manque de place. La situation est si critique que la salle de réunion du Centre local de développement économique des Moulins (CLDEM), située en face du Cégep, est mise à contribution. À noter que la cigarette, comme tout autre produit créant une dépendance, est interdite dans les locaux du CLDEM. Mis sur la piste par le chef de la CAQ, François Legault, Uniatox des Moulins ouvre un bureau au Cégep...

••• - Les révélations cristallines du chef de la CAQADQ sur le véritable rôle des cégeps furent en effet une révélation. Si l’on doit retenir l’une de ses déclarations, elle-là lui survivra et vaut bien la tête dans l’autruche de son partenaire.

Une vague de graffitis frappe la région. Emprisonnés depuis six mois, Oats et Kwun jurent qu'ils n'ont rien à voir dans cette affaire. Leurs parents, absents depuis l'enfance, regardent ailleurs... Deux «jeunes» de 28 et 30 ans, qui n'avaient rien d'autre à faire la nuit, sont soupçonnés d'être responsables de ces méfaits publics décrits par quelques illuminés comme des œuvres d'art...

••• - C’est tout à fait extraordinaire de voir sur quoi se porte la réprobation, l’indignation et la répression, et avec quelle sévérité. Ce l’est tout autant de constater ce sur quoi elles ne se portent pas.

Après avoir fusionné les services d'aqueduc, de traitement des eaux usées, la gestion de la collecte des ordures ménagères et de la collecte sélective, leurs services de police et d'incendies, leurs services de bibliothèques, leurs travaux publics et d'aménagement du territoire, les conseils municipaux de Terrebonne et de Mascouche songent à la fusion... «Ça nous semble une idée innovatrice», lance le maire de Mascouche, dont on souligne les 20 ans de vie politique en lui remettant un marteau d'or, puisque l'autre se fait attendre. Mais ça, c'est une autre histoire. On en parlera peut-être en 2013 ou en 2014 ou en 2015 ou...

••• - Espérons que l’on daignera nous en informer quand ce sera fait. Quoi qu’il en soit, ni vous ni moi n’aurons notre mot à dire, pas plus sans doute que sur le choix du successeur conjoins des deux maires amis. Mais c’est ainsi que se font les choses en ce royaume.

Excusez-la!

••• - Vous êtes tout excusé. Même remercié. Un petit rigodon, avec ça ?

Pour ma part je vous souhaite beaucoup d’autres éditoriaux, et de vous y commettre un peu davantage. Je vous crois assez grand garçon pour avoir des opinion et le courage d’en faire état, si tel est votre bon plaisir. Bonne année de fin du monde, donc, qui verra sans doute la fin de bien des idées reçues.

vendredi 30 décembre 2011

Calendrier

Les féries.

Depuis tant d'années que je suis aux Amériques, il y a des choses auxquelles je ne me fais pas. L'une d'entre elles, c'est la manie anglaise de commencer la semaine le dimanche, alors que pour moi le week-end (la fin de semaine en québécois) forme une unité, le samedi et le dimanche étant opposés aux cinq jours ouvrables de la plupart des emplois civilisés.

Jadis la sainte Église catholique, apostolique et romaine avait fait pression pour que la semaine commençât avec le Jour du Seigneur et que l'on abandonnât les noms de jours païens, pour les remplacer par "première férie, deuxième férie" et ainsi de suite. À ma connaissance seuls les Portuguais ont obtempéré, tandis que nous continuons de célébrer la Lune, le dieu de la guerre, celui des messagers et des voleurs, le Père des dieux, la déesse de l'amour - pour ne concéder que je jour du sabbat et le jour du seigneur.

Aussi ai-je pris l'habitude de pondre mon propre calendrier, en français, où la semaine commence le lundi et où le samedi et le dimanche se suivent. Pour moi c'est plus intuitif, plus pratique.

Qui le veut le peut trouver là, ou me le demander :

http://cjoint.com/?ALEsPMnsK0E

Cela dit, comme je me flatte d'avoir l'esprit tordu et le sarcasme facile, je me demande si cette manie dominicale ne présente pas, pour certains, l'avantage de mettre le sabbat biblique à la fin de la semaine - ce qui plairait peut-être à certains juifs ou protestants immergés dans les écritures - et à mettre en fin de semaine le vendredi musulman et le samedi... ce qui n'a ni plus ni moins de raison que d'y mettre le samedi et le dimanche, sauf si, comme je l'ai dit, ce ne sont pas des jours ouvrés.

À mettre ainsi sur le même plan tous les jours de la semaine on rend plus normal, plus acceptable, de faitre travailler les employés 24/7, en temps simple, profitablement... car sur quele base réclamerait-on un traitement spécial et une rémunération supplémentaire si l'on doit travailler le samedi et le dimanche - et, tant qu'à faire, de nuit - puisque la société est assez largement déchristianisée, sauf les crucifix que l'on trouve un peu partout et dans les lieux les plus inappropriés.

N'empêche, par habitude ou tradition, mais surtout par soupçon social, je préfère laisser le dimanche en queue de peloton, à côté du samedi, plutôt que de le laisser mener la semaine par le bout du nez.

Et il paraît que je ne suis pas le seul.

dimanche 25 septembre 2011

La nouvelle ville

La nouvelle ville

Dans le passé, bien des villes se nommèrent Villeneuve, ou Neuville, ou l’équivalent. Le nom de Carthage même, qui date tout de même de huit siècles avant l’ère commune, signifiait en phénicien « ville neuve » (Qart‑Hradasht). Et quand on en fit une annexe en Hispanie (Carthagène), on la nomma Carthago Nova, ce qui signifie nouvelle ville neuve.

Quant il s’agit de l’inéluctable ( ?) conurbation, qui n’est pas annoncée mais qui nous pend au nez, entre Terrebonne et Mascouche, la question se pose de savoir quel nom on pourra bien donner à ce monstre interminable et dispersé qui réunira des villes et des villages parsemés un peu partout dans le sud de Lanaudière.

Certes les fusions, concentrations et autres compostages sont à la mode de nos jours. Quand on ne refuse pas de laisser les peuples disposer d’eux-mêmes sous prétexte de fédéralisme ou d’impérialisme, ce sont les entreprises que l’on concentre au point d’en faire des trous noirs dont aucune information ne peut plus s’échapper. Quant on ne veut pas fusionner autoritairement et maladroitement des villes et surtout des populations qui n’avaient rien demandé, et que l’on défusionne à grands frais simplement pour défaire ce qu’on fait les adversaires, ajoutant ainsi une sottise à une autre sans rien corriger, on s’arrange pour “harmoniser” subrepticement les services municipaux, sans jamais consulter les simples citoyens, bien entendu, afin de les mettre devant le fait accompli. Une fois les villes artificiellement transformées en sœurs siamoises, il serait bien inutile de se refuser de faire l’économie d’une tête.

Qu’il y ait des arguments valables en faveur de la fusion des villes, je n’en disconviens pas, d’autant moins qu’ils ne m’ont pas été présentés, puisque l’on méprise très ostensiblement l’opinion publique.

Que des tractations secrètes, et pourtant si peu discrètes, aient lieu entre des maires dont l’un est poursuivi et l’autre traîne plus “d’allégations” qu’une voiture de jeunes mariés n’a de boîtes de conserve, cela n’est pas très représentatif des populations concernées, mais ô combien du fonctionnement de la politique municipale telle qu’on la pratique ici et maintenant, et que n’auraient pas désavoué les potentats d’avant la révolution tranquille.

Donc, que cela vous plaise ou non, les deux villes où s’exercent les mêmes influences seront réunies en un seul cheptel, taillable et corvéable à merci, ce qui simplifiera la tâche des gardiens du troupeau. Peut-être était-ce inéluctable, peut-être les inconvénients seront-ils négligeables face aux avantages, à supposer que ces avantages et ces inconvénients concernent et affectent les mêmes personnes. Nous n’en saurons rien, puisque tout a déjà été décidé entre les gens qui comptent, qui savent compter, et pour lesquels nous ne sommes au fond que des têtes de bétail. Nous eussions apprécié d’être tenus au courant, voire même consultés, mais il appert que nous ne le méritions pas. Et puisque tout est toujours unanime au conseil de ville de Terrebonne, aucun débat n’est jamais nécessaire.

Lors de la dernière réunion publique du conseil municipal, qui réunit une demi-poignée de citoyens sur les cent mille que compte la ville, Monsieur le Maire (qu’il nous soit permis de luis souhaiter, en retard, un bon anniversaire) a très explicitement nié qu’ils soit aucunement question de fusionner les villes, ou quoi que ce soit.

C’est pourtant un secret de polichinelle.

Le télescopage est donc en route et nous en verrons – subirons – sous peu les conséquences. Lequel rentrera le plus profondément dans l’autre, cela reste à déterminer, mais on sait déjà qui est le dindon qui sera farci jusqu’au trognon : le contribuable.

Ainsi donc, nous serons dans quelques temps, selon toute apparence et en dépit des dénis, des Terrebonienmascouchois, ou des Mascouchoiterrebonniens. Mais il faudra bien trouver à ce nouveau poudding chômeur un nom digne de ses ambitions. Il va sans dire qu’on ne consultera pas davantage les citoyens, ou alors pour faire semblant (c’est celui qui compte les votes qui proclame les résultats) et sur les sujets sans importance. Mais rien ne nous empêche, à titre de jeu sans conséquence aucune – c’est à peu près la mesure des libertés que l’on consent à nous laisser – d’imaginer ce que ce nouveau nom pourrait être.

La première chose qui vient à l’esprit, c’est de prendre le nom de l’un des chefs d’entreprise les plus influent de la région, comme cela se fit parfois aux États Unis, qui sont, n’en doutons pas, notre modèle en toute chose. Mais il faudrait pour cela nommer quelqu’un, et deux raisons s’y opposent : premièrement, il faudrait choisir ; ensuite, ce sont des gens qui préfèrent la discrétion et n’apprécieraient pas d’être ainsi mis en lumière, et qui disposent des moyens de dissuasion nécessaires pour plier quiconque à leurs volontés, y compris ceux qui auraient la prétention de gouverner.

Alors, quoi ? Rebaptiser la nouvelle ville en l’honneur de l’un des maires sortants ? Ce serait faire insulte à leur modestie. Ils insisteraient l’un et l’autre pour qu’on n’en fasse rien. Sûrement.

Chercher un nom connu de tous, parmi les fondateurs les figures historiques locales ou les familles qui ont laissé un bon souvenir à tout le monde et font partie du paysage ? Oui, mais lequel ? Devrait-on privilégier Terrebonne, qui compte plus de population ? Ce serait s’exposer à ce que Mascouche en conçoive la même haine que Québec envers Montréal, pour les mêmes raisons. Ce serait peu diplomate,

Demander l’avis des populations ? Ce serait instaurer un précédent dangereux, maintenant que les bonnes gens sont habitués à ce que tout se décide et se fasse sans eux. Ils pourraient s’aviser de se mêler de leur propres affaires et se mettre à croire qu’ils vivent en démocratie.

Non, décidément, trouver un nom à ce nouveau mélange ne sera pas si facile, et il y a fort à parier qu’il ne satisfera personne ou presque.

Ensuite, comment sera organisé ce nouveau machin ?

Le divisera-t-on en districts, en arrondissements ? Faudra-t-il élire – et payer – un sous-maire et des sous-conseillers municipaux pour chacun d’entre eux ? Mais cela serait-il bien raisonnable, surtout pour les entrepreneurs qui préfèreraient sans doute avoir moins d’interlocuteurs avec lesquels s’entendre.

Les citoyens devront-ils faire une demi-heure de voiture (aller, et autant au retour) sur des routes défoncées et encombrées pour avoir accès à leurs édiles et assister aux conseils municipaux ? Devront-il faire la queue à la porte d’une salle minuscule expressément prévue pour n’en admettre qu’une poignée ? Pourront-ils compter sur une communication efficace, moderne, rapide et suivie de la nouvelle mairie fusionnée, et seront-ils témoins des dissensions qui surviennent parfois dans les familles recomposées ?

Bien d’autres questions se posent quant à ce que l’avenir, et surtout les décideurs, nous réservent. Nous espérons en savoir un jour le fin mot, mais nous ne nous faisons pas trop d’illusions.

Nous ne le saurons de toute façon que trop tard, une fois mis devant le fait accompli.


Texte publié dans Le Trait d'Union de Mascouche Terrebonne, 22 septembre 2011

http://www.letraitdunion.com/Opinion/Tribune%20libre/2011-09-22/article-2755963/La-nouvelle-ville/1

On nous casse tout

On nous casse tout, on nous dit rien

Le titre fait allusion à une chanson de Jacques Dutronc. http://www.youtube.com/watch?v=VW188SVN5UU

-

Nous vivons en démocratie. Enfin, c’est ce qu’on dit. C’est le régime politique qui est fait, selon la définition, “par et pour le peuple”. Mais que signifie ce mot si les détenteurs du pouvoir politique – je ne dis pas simplement “le pouvoir” ne soyons pas naïfs – ne daignent pas informer les citoyens ?

Ne parlons pas des media écrits ou électroniques, qui pour la plupart ne peuvent se permettre de déplaire à leurs actionnaires, ni des journalistes qui ne sauraient mordre la main qui les nourrit. Ces pauvres gens sont exposés à la pire des dissonances cognitives – le terme est à la mode ces temps-ci – car ils sont constamment forcés de fouler aux pieds les principes qui les ont attirés dans leur profession. Ils ne sont pas les seuls, loin de là.

Mais parlons des élus, eux qui sont amenés à laisser croire qu’ils sont aux commandes, qu’ils prennent les décisions, mais qui n’ont, comme l’avait jadis si justement écrit Richard Martineau dans le Voir, pas plus de liberté de manœuvre qu’un semi-remorque qui recule dans une ruelle. Je crois bien que cette métaphore est ce qu’il a fait de mieux dans toute sa carrière de plumitif.

Les élus, donc — et on passera pudiquement sur la façon dont ils l’ont été – sont censés gouverner “pour et par le peuple”, c’est à dire dans l’intérêt des citoyens et en prenant leurs opinions en considération.

Or la fusion de Terrebonne et de Mascouche, qui est un secret de polichinelle, n’a jamais été annoncée, n’a jamais fait l’objet d’une consultation de la population ni d’aucun débat public (on veut croire que les gens qui comptent, eux, ont donné leur avis). Le maire de Terrebonne, à qui la question fut posée par une ancienne candidate de Renouveau Terrebonne, a répondu très fermement qu’il n’en était pas question, « pas de notre côté en tout cas », et que c’était encore une rumeur ou une allégation, sans doute propre à n’intéresser que les gens qui aiment regarder TVA, qui serait apparemment l’exemple même de mauvaise information.

Car comme chacun sait, il n’y a jamais eu rien, absolument rien de vrai dans tout ce que ces journalistes au mauvais esprit ont déterré.

Ah bon. Lisez donc La Presse - ah mais c’est encore un autre Empire de presse. Alors regardez RDI, lisez Le Devoir (qui fut naguère encore un exemple d'indépendance rédactionnelle). Y a-t-il des limites au déni ?

Cependant, on a vu dans un lieu public les deux maires de la couronne nord qui ont le plus d’allégations accrochées derrière leur pare-choc, comme autant de bruyantes casseroles, discuter dans un lieu public, haut et fort, de leur avenir dans la future ville.

Pourtant, on sait que la discrète fusion des services municipaux est en bonne voie, à commencer par la police, puis les pompiers, et le reste à l’avenant. Comment le sait-on ? Il ne s’agit bien entendu que de rumeurs infondées, d’ignobles et scandaleuses allégations. Les personnes trop bien informées qui les propagent ne sont pas assez inconscientes pour dire leur nom publiquement, de crainte de représailles. Cela seul montre à quel point l’atmosphère dans la couronne nord est foncièrement malsaine.

Tout finit toujours par se savoir, surtout dans un petit pays comme le Québec, et dans des municipalités qui s’enorgueillissent de leurs cent mille habitants et de leur microscopique salle municipale. Il y a des informations qu’on aurait aimé lire dans le bulletin municipal et dans les hebdos locaux avant que dans la presse nationale, dont on aurait voulu entendre parler lors des retransmissions des séances publiques du conseil municipal plutôt que dans des émissions d’affaires publiques – oui, d’affaires.

Ah mais voilà, nos “élus” – car ils prétendent à ce titre (rappelons qu’un gros deux tiers du tiers des votes exprimés, c’est peu en termes de légitimité) – ne voient absolument pas l’intérêt de filmer et de mettre en ligne les séances du conseil municipal. Ni d’ailleurs d’informer la populace. Regarder ailleurs, on sait ce qu’il faut faire, ne vous mêlez surtout pas de ce qui vous regarde.

Bien.

Donc, le mystère de la fusion froide nous sera révélé quand nous serons mis devant le fait accompli. On commence par la base, et quand cette ville siamoisée n’aura plus qu’un corps et deux têtes, on fera un “un pour deux” et le poulain sur lequel se seront entendus les deux sortants sera “élu”, par les abstentionnistes sans doute, et avec la bénédiction de quelque potentat local qui se moque bien de qui sera à la mairie pourvu que les façons de faire des affaires restent inchangées.

Comme Monsieur le Maire, qui était de Terrebonne humeur (il avait fêté la veille son anniversaire [bon anniversaire, Monsieur le Maire], ce qui fait du 11 septembre une date mémorable), l’a rétorqué à une citoyenne qui osait impudemment poser des questions, la population « est bien difficile à satisfaire ». Elle voudrait être informée, elle aimerait bien être consultée sur un changement majeur qui l’affectera, bref elle aurait aimé avoir son mot à dire. Comme lors d’un référendum, par exemple. Mais on ne peut pas vraiment attendre cela de la part de gens qui trouvent que « les élections, ça coûte cher et c’est inutile ».

C’est que, justement, les liens sont déjà si étroits entre les deux administrations municipales, et avec les gens qui comptent que, dans les faits, la fusion est presque déjà faite, à un certain niveau du moins. Il est impossible d’en dire davantage sans verser dans les allégations, qui sont devenues le sport national de ces gens qui n’ont rien de mieux à faire que de s’informer, même à TVA. Ou à la SRC. Ou dans la presse locale et nationale.

Comme le regrettait le Maire de Terrebonne, tout le monde ne peut pas, comme le maire de Québec, faire voter des lois spéciales pour s’entendre avec Péladeau. Il faut être plus discret, quand on est plus petit.

Mais ça n’empêchera pas la destruction en forme de PPP des services à la population et des restes de l’apparence de démocratie.


samedi 24 septembre 2011

trouver des sous

Savez-vous trouver des sous
à la mode, à la mode,
Savez-vous trouver des sous
à la mode de chez nous ?

Le financement des partis politiques est le talon d’Achille de la démocratie.

Comme on sait, le divin Achille (demi-dieu, en fait : sa mère était une déesse) était invulnérable, sauf au talon, par lequel le tenait sa mère quand elle le plongea dans la fontaine magique qui lui conféra ce don. C’est donc par là qu’un archer d’Ilion le blessa, ce qui le fit mourir. L’asepsie, en ces temps reculés, était encore un peu moins bonne que dans nos hôpitaux.

Pareillement, les systèmes politiques des pays qui se prétendent démocratiques – à l’exclusion des défuntes “démocraties populaires” — sont relativement satisfaisants sur le papier, mais laissent une porte d’entrée, à peine dérobée, aux pires malversations.

Pour reprendre la métaphore infectieuse, une affection apparemment anodine comme l’herpès cause des lésions par lesquelles peuvent entrer des agent nettement plus agressifs, comme le HIV.

Les institutions démocratiques, donc, ne sont pas si terriblement mauvaises. Perfectibles, sans doute, mais…

Les lois foisonnantes peu ou mal appliquées, les règlements pusillanimes nous étouffent sans nous soigner. Une loi ne vaut que si elle est effectivement appliquée, et dans l’esprit qui l’a fait rédiger. On en est loin.

Le directeur général des élections du Québec, qui ne pouvait décemment pas ne pas réagir à toutes les “affaires” qui agitent le marigot politique (ça fait crier les grenouilles grenouillantes), a formulé de nouvelles règles censées réintroduire un peu de décence, à défaut d’honnêteté, dans le financement des partis politiques. Il a donc pondu ce qu’il a pu.

Et puis l’éléphant blanc est éclot. Ces règles nous pavent le chemin avec tant de bonne volonté que, à l’instar de la constitution de la défunte URSS, elles sont inattaquables. Sur le papier.

Oui mais voilà, les formalités sont telles que les petits partis qui ne peuvent s’offrir les services d’un spécialistes des arcanes financières gouvernementales sont complètement déconcertés, et les citoyens sont effrayés par ce qu’ils perçoivent comme du harcèlement administratif assorti de menaces.

C’est très estimable de vouloir bien faire. On dit qu’on veut assainir le financement des partis. Mettons que ce soit le cas. Cela sera-t-il ?

Le gros problème de la politique des pays dits démocratiques, c’est que nous vivons dans un système “au plus fort la poche”, et le plus fort, c’et celui qui a les poches les plus pleines. Pour se faire élire, il faut absolument dépenser beaucoup, énormément, toujours plus. Et ce ne sont pas les citoyens qui peuvent fournir de tels capitaux.

Les politiciens, ou aspirants politiciens, sont donc livrés pieds et poings liés aux gros intérpets, qui sont tout disposés à proposer des contributions en liquide. Bien entendu, ils s’attendent, ce qui est normal, à un retour sur investissement.

Alors ? Le politicien n’a qu’une alternative, deux choix : ou bien il reste propre et n’est pas élu, ou bien il mange à la même mangeoire que tous les autres et se fait élire. C’est la brutale réalité.

Les nouvelles règles y changeront quelque chose ? Absolument rien. Elles ne gêneront que les tout petits, les naïfs, les honnêtes — pour ne pas dire les caves.

Les professionnels du financement politique connaissent déjà tous les itinéraires détournés, et ne verront même pas passer les fonds qui iront directement de leurs généreux bienfaiteurs à des organes de presse (par contras publicitaires interposés) ou des prestataires de service qui n’auront rien à leur refuser.

Moralité ? On nous prend…. Pour ce que nous sommes.

vendredi 26 août 2011

Cynisme citoyen

Cynisme citoyen

Ces derniers temps le paysage politique semble plus animé, voire chaotique et cahoteux. Les politiciens professionnels se plaignent de ce que les citoyens sont cyniques et ont une mauvaise opinion de la classe politique, ce qui n’est pas faux.

Mais comment en est-on arrivé là, si ce n’est justement parce que les politiciens sont devenus une caste professionnelle au service de ses seuls intérêts, et de ceux de leurs bailleurs de fonds, contre ceux de la population si nécessaire – et cela semble souvent être le cas.

À l’idéal du représentant du peuple, issu de ses rangs, proche, abordable et incorruptible, la dure réalité a substitué un candidat en perpétuelle quête de financement, car ce ne sont pas les votes ni la sympathie du public qui font les élus, mais bien les campagnes toujours plus onéreuses. Pour être élu il faut avoir dans sa manche des intérêts assez puissants et déterminés, tout le reste n’est que rhétorique.

Le public, qui n’est ni si mal informé ni si stupide qu’on pourrait le croire ou le souhaiter, en tire les conséquences logiques : à quoi bon voter pour les uns ou les autres,puisque en fin de compte on se retrouvera toujours assis sur un de ces cônes oranges qui prolifèrent et sont bien trop gros pour ne pas causer d’inconfort.

Le citoyen, persuadé que son action, quelle qu’elle soit, n’aura aucune conséquence digne de mention, se désintéresse donc de la politique, sauf en ce qu’elle a de plus spectaculaire, superficiel et anecdotique. Ce qui laisse le champ libre à cette classe politique qui fonctionne en circuit fermé, soucieuse seulement de ses appuis et toujours plus oublieuse d’un électorat qui, de toute façon, n’est pas rentable.

C’est un cercle très vicieux. On se demande même pourquoi on fait les frais d’élections qui de toute façon sont scénarisées d’avance par les partis et leurs commanditaires communs.

C’est d’ailleurs l’argument que servent certains maires : les élections, ça coûte cher et ça ne sert à rien. On ne saurait être plus franc ni plus clair.

De fait, une élection, cela implique du financement, puisque c’est par les sommes qu’on peut aligner qu’on est élu. Et ce financement, il faut bien le rembourser ensuite par des faveurs qu’on aimerait ne pas être forcé de rendre. Tenir des élections, c’est donc mettre encore un peu davantage les politiciens à la merci des pourvoyeurs. CQFD.

Pile je gagne, face tu perds. On n’en sort pas. D’ici peu, on abandonnera même les apparences de la démocratie, puisque de toute façon personne n’y croit plus et que le consentement de la population n’est même plus requis, comme on nous le démontre de plus en plus souvent.

Faut-il donc se résigner à la dictature qui s’annonce ? Peut-être pas. Les mouvements dits citoyens, les révoltes un peu partout, le mouvement des indignés, le printemps arabe sont autant de signes que les peuples savent encore être rétifs et que leurs maîtres pourraient bien devoir modérer leurs appétits et lâcher un peu de lest. La crise mondiale, faite par et pour les financiers, et dont ces derniers tirent profit, indispose assez de gens pour que s’en émeuvent d’autres que ces jeunes voués aux études inaccessibles et à la précarité à vie. L’économie financière n’a plus tant besoin de salariés et de consommateurs, mais elle ne pourra continuer indéfiniment à profiter d’eux sans qua ça pète. Et le plus tôt sera le mieux, car comme chacun sait il est préférable de subir quelques petits séismes rapprochés qu’un énorme désastre tous les deux ou trois siècles. Ce que ne sont pas prêts à admettre ceux, toujours moins nombreux, qui profitent de l’ordre du monde.

La parade habituelle, héritée du christianisme, est de culpabiliser le troupeau. Les problèmes de pollution et d’épuisement des ressources, c’est la faute des surconsommateurs. Les dysfonctionnements politiques, c’est la faute des citoyens amoraux. Etc.

Si les sources alternatives d’énergie sont si peu développées, c’est par choix des industriels et des politiciens. Si les voitures électriques sont si rares et si chères, c’est parce qu’on n’a pas jugé rentable de les développer. Et si les transports en commun sont espacés, onéreux et dangereux, cela ne saurait être imputé aux usagers.

Alors quoi ? Je ne vois hélas aucune solution pacifique applicable. Il faudrait renvoyer à leurs chères études l’ensemble du personnel politique, surveiller strictement tout les hauts fonctionnaires, et tenir la dragée haute à tous ceux qui se croient tout permis parce qu’ils donnent à des partis une petite partie de ce que ces partis leurs rapportent. On n’imagine pas que cela puisse se faire en douceur, ni localement.

Je crains, hélas, que nos enfants et petits-enfants ne vivent dans un monde bien pire que le nôtre, soit par une exploitation accrue, soit par une guerre civile permanente.

N’écrivez plus de dystopies, la réalité s’en charge.

Ce bon Jack

Ce bon Jack

Et voilà. Ce bon Jack nous a quittés, et tout le monde l’encense. Il est canonisé, ce qui ne peut se faire qu’à titre posthume.

C’est qu’il était fort sympathique, ce bon Jack. Il avait la moustache rieuse, la guitare enthousiaste, et il faisait des déclarations qui plaisaient aux rescapés du droitisme, ceux qui s’accrochent à leur humanisme en dépit de tout.

C’était sans doute l’un des derniers politiciens connus à promouvoir la solidarité, le respect de tous, voire un certain irénisme.

Certes, on le regrettera. Certains sincèrement, d’autres officiellement. Il arrivait, parfois, à nous faire espérer non des lendemains qui chantent, mais au moins qui ne braillent pas trop.

On ne peut cependant qu’être agacé devant les louanges unanimes de ses adversaires, quand on sait qu’ils poursuivent des buts diamétralement opposés aux siens. Mais c’est ainsi que se fait la communication publique, c’est la loi du genre. L’hypocrisie de bon aloi, pour ne surtout fâcher personne. Et puis, encenser un disparu, ça ne coûte pas cher et c’est sans risque.

Oui, il donnait de lui une belle image, ce bon Jack ; extrêmement sympathique. Tous ceux qui l’ont approché assurent qu’il l’était vraiment. Je le crois sans peine.

Cela dit, si c’était sans doute la meilleure chose qui puisse arriver au Canada, en ce qui concerne le Québec, je crains fort qu’il ne s’Agisse d’un malentendu. Le New Democratic Party est un parti canadien, fédéraliste, centraliste qui, quelque respectueux qu’il soit des Québécois et de leurs amusants particularismes, ne se soucie pas plus de la survie de ce peuple que de celle des Séminoles.

On lui fait donc des funérailles nationales, à l’instigation de Mr Harper. Bon. Soit. C’est gentil. Mais ce serait lui rendre hommage, bien davantage, que de tenir compte de ses remarques et de transformer la société canadienne dans un sens plus humain.

Quant aux Québécois, ils auraient dû comprendre que leur salut ne leur viendra pas d’ailleurs et que les politiciens nés au Québec qui font leur carrière en Ontario ne servent pas leurs intérêts.

mercredi 27 juillet 2011

PERIPLE

Un périple français

Photos de Thibaud et photos de Thomas.

Au début de l’année 2011, nous avions envie de faire une dernière visite au pays de nos racines. C’est, paradoxalement, la plus récemment française de nous trois qui en avait le plus envie. J’avais quelques réticences, trop conscient que j’étais de la précarité de notre situation et de la fulgurante évolution sociale et politique de la France depuis que je l’avais quittée, en 1985. Nous étions revenus en 2001, les attentats du WTC n’avaient pas eu lieu, la monnaie était le franc, et l’on parlait encore à peu près français en France. Il n’y avait pas de tzar, on ne parlait pas des Roms.

Je restais en contact, via internet, avec quelques habitants des vieux pays, ce qui me confortait dans le sentiment que j’étais, à tous points de vue, devenu un hybride étrange, encore très français (voire vieille-France), pas vraiment nord-américain, mais surtout pas à la mode moderne. Je ne parle ni beur ni franglais, le maniérisme des américanolâtres qui se croient tous forcément compétents en spéculation financière, le « pie‑pôle », le cynisme ostensible, l’égoïsme systématique et tous ces traits qui se sont accentués depuis les années 80 m’agacent et me dépriment également.

Nous planifiâmes donc une ultime excursion en France, qui nous mènerait de Paris au Raincy, puis à Appoigny et Charbuis près d’Auxerre, puis à Chantelle en Bourbonnais, ensuite brièvement dans le Var, puis à Montpellier, puis en Catalogne, puis à Pau. Ensuite, retour par la Bretagne, enfin à Paris quelques jours, pour reprendre un vol à CDG vers PET.

Ouf.

Plus la date approchait, plus nous étions (certain plus que d’autres) fébriles.

Horréoport

Le dimanche de notre départ, une aimable employée étatsunienne d’Air France nous téléphone pour nous demander de consentir à partir à 19 h au lieu de 17 h. N’ayant aucune bonne raison de refuser, nous acceptons.

L’ami qui devait nous conduire à l’aéroport ayant été victime la veille d’un sévère accident de cuisine, avait dû aller à l’hôpital et risque de perdre en partie (provisoirement, on l’espère) l’usage de sa main droite. Celle qui fait les notes à la guitare, pour un gaucher.

Nous nous présentons donc, grâce à une consœur solidaire, à l’aéroport PET-Dorval dans les délais prescrits. Nous faisons la queue interminablement. On nous apprend que le vol qui devait partir à 17 h partira finalement à… 23 h 55. Une autre longue file d’attente pour nous faire octroyer la ristourne consentie par Air France. Passage obligé par les détecteurs divers et variés, sous l’œil soupçonneux de personnages en uniforme à l’accent indéfinissable. C’est là que j’ai appris que j’avais une personnalité irrémédiablement magnétique : presque tout nu je fais encore sonner leurs indiscrets ustensiles. Ils m’ont donc déshabillé – virtuellement, heureusement pour eux. Ensuite une autre longue attente, durant laquelle nous avons dépensé les bons-rabais de la compagnie pour nous offrir un repas correct dans la zone internationale, sans lesquels le prix aurait été radicalement prohibitif. Puis nous dûmes encore faire la queue pour embarquer. Les quelques personnes qui ont osé demander à l’employée grisonnante et revêche d’Air France si elles étaient à la bonne porte se sont fait rembarrer sans ménagement ni politesse.

Nous apprîmes plus tard que le premier délai était dû à ce que l’avion initialement prévu pour le vol de 17 h avait été remplacé par un autre appareil, où il y a plus de sièges de première classe et de classe affaire, donc moins de place pour les simples mortels (mais plus de profits pour la compagnie).

Quant au second retard, c’est un pilote d’escalier qui aurait percuté un avion à Roissy, l’immobilisant ainsi au sol…

Enfin nous vîmes arriver cet énorme chose pataude qu’est l’Airbus A-380 – nettement plus impressionnant de l’extérieur que de l’intérieur. À partir de là les passagers furent pris en charge par le personnel de vol, à l’impeccable courtoisie.

En l’air

Nous avons passé un vol sans histoire, six heures seulement, vu deux comédies, apprécié les fonctions de l’écran tactile incrusté dans le dossier du siège devant nous – nous avons seulement moins apprécié de devoir incruster nos jambes sous ledit siège, tant les places sont serrées. Même de petits modèles d’humains comme nous n’avions pas assez de place. On sort de là avec des crampes et des genoux douloureux. D’autant plus désagréable qu’il faut beaucoup cavaler ensuite.

Le vol fut rapide, légèrement plus brutal que ce à quoi j’étais habitué. Nous n’avons pas mangé à bord – puisque nous avions pris un repas à l’aéroport, très onéreux (en partie défrayé par Air France) mais excellent.

À terre atterrés

Ensuite, arrivés à CDG vers midi (6 h heure de Montréal), nous avons dû marcher très longtemps pour trouver le carrousel où récupérer nos bagages, puis quelques kilomètres pour chercher, errer et finalement trouver, après bien des incertitudes, la navette vers l’hôtel (l’un des trois parmi une multitude qui portent le même nom, ou presque). Les indications ne sont pas tout à fait absentes mais nettement insuffisantes pour qui n’a pas fréquenté cette aérogare récemment.

Dédale, dans le Labyrinthe, avait au moins la possibilité de s’évader par le haut. Mais dans ce fouillis en trois dimensions, comment faire ?

Nous sommes finalement arrivés – toujours en doutant si nous étions au bon endroit – à la navette qui menait à l’hôtel où nous avions réservé.

Le chauffeur maghrébin connaissait très bien le circuit et les limites de son autobus, qu’il poussait à leur extrême limite, ainsi que les passagers secoués. Les bagages dansaient. Nous survécûmes.

Finalement nous sommes tombés sur le bon hôtel du premier coup. Les deux jeunes femmes à la réception nous ont très aimablement accueillis, nous ont fait nos clefs magnétiques, nous sommes montés fourbus à la chambre, qui a refusé de s’ouvrir.

Nous sommes donc redescendus en informer la réception. L’une des jeunes réceptionnistes est venue nous ouvrir avec son passe-partout en nous expliquant d’un air faussement gêné que la mise à jour des serrures demandait un certain temps.

Heureusement, la petite chambre était très confortable, pourvue de tout le confort souhaitable. Nous avons fait une brève sieste jusqu’à 15 h [F] – nous étions debout depuis 6 h [Q] dimanche.

La rallonge électrique sur laquelle je comptais pour recharger nos appareils, une fois branchée (seule) dans une prise de la chambre, a fait “pouf” et un joli petit nuage. Plus de courant. Heureusement il a suffi de remettre le disjoncteur. La jeune réceptionniste prit un air un peu crispé.

Ensuite nous sommes allés prendre un petit apéro dans un palace voisin, puis un repas peu copieux, onéreux, mais très excellent dans un autre. Au retour, ablutions et sommeil. Nous nous sommes couchés et avons dormi, à 15 h [Q], [= 21 h F]. Profondément, mais en pointillé.

En voiture, ou presque

Le lendemain, après un gobelet de café pas français mais offert, nous sommes revenus dans l’immense aéroport par la même navette agitée – ce qui nous a permis de faire tout le circuit des hôtels alentour. Arrivés vivants à CDG, nous avons fini après bien des tentatives par trouver AVIS, dans une cave en travaux. File d’attente encore. Une aimable Lætitia nous a fait les formalités nécessaires, puis nous sommes allés trouver la voiture au fond d’un grand stationnement. Sortir de là ne fut pas facile, nous avons tourné en rond, nous avons enfin trouvé l’autoroute. L’embrayage de la voiture, une Opel Mériva, ne fonctionnait pas très bien.

À Villemomble

Nous sommes allés à Villemomble, où nous avons déjeuné avec Didier, Myriam, Agnès, et ses deux petits garçons. De là, à pied au Raincy, où je suis allé faire des formalités et visiter un peu le bas de l’avenue de la Résistance, dont l’église du Raincy, qui est célèbre plus pour l’histoire des techniques que pour celle de l’art, en tant que première structure ajourée en béton armé. Nous avons prit un pot dans un « pub », comme on désigne les bistrots en France. Ensuite, dîner avec, en plus, le sympathique et talentueux mari d’Iris, Nicolas de Palmar. Ces deux là semblent avoir oublié d’être bêtes.

Je fus rassuré de constater que Didier avait repris du poil de la bête, encore que fort localisé. Sa physionomie s’agrémente désormais d’un troisième sourcil, sous le nez.

Nous avons beaucoup discuté, éprouvé le tranchant de l’esprit familial, et vu de belles choses.

Le lendemain, mercredi 15, nous étions censés prendre la route pour Auxerre. L’embrayage a fait défaut à quelques kilomètres de là. Nous nous sommes trouvés en panne au milieu d’une rue étroite, suivis par des automobilistes impatients qui klaxonnaient hargneusement. Perdus au milieu de Villemomble, au milieu de nulle part. Deux aimables passants, un Marocain et un Normand exilés en banlieue parisienne, ont poussé la voiture afin de libérer la rue, et nous avons appelé Avis. Puis rappelé. Et encore, Et encore. Nous attendîmes des heures. Cinq en tout.

Nous sommes allés maintes fois au bar voisin, « Les cinq dernières minutes », fondé par une ancienne vedette de l’ORTF, interprète de l’adjoint du commissaire Bourrel dans le feuilleton policier du même titre. Le secourable Normand en était le barman. Finalement, après cinq heures de dialogues de sourds avec des employés qui feraient pâlir d’envie les caricatures les plus obtuses de fonctionnaire, nous avons obtenu de faire venir une dépanneuse (qui avait d’abord été envoyée dans la mauvaise ville) pour charger la voiture paralysée, puis nous avons dû rappeler AVIS, puis nous avons vu (plus tard) arriver un taxi maghrébin qui nous a expertement et vivement conduits à toute allure dans un dédale de ruelles jusqu’à la plus proche agence AVIS, une minuscule pièce affublée d’un mini-garage au milieu de Pavillons-sous-Bois, un endroit où je ne serais pas allé de mon plein gré.

Les trois jeunes Français d’origine exotique ont calmement écouté nos doléances, se sont retenus de dire tout haut ce qu’ils en pensaient (par fidélité envers leur employeur, mais ça se voyait), mais se sont démenés pour nous sortir de notre pétrin de banlieue. Ils ont expérimenté à leur tour l’esprit de non-coopération du bureau central d’Avis France. Finalement, ils ont osé prendre une initiative. Nous avons pu prendre livraison d’une Peugeot, manuelle, bien plus petite, mais française, robuste et facile à conduire. Chapeau, le trio. Mais cinq heures d’attente pour tout ça, c’est beaucoup – et ça a perturbé nos plans.

Là, il était tard, et nous sommes retournés chez Didier et Myriam, que nous avions prévenus de cette éventualité. Nous fûmes tout aussi bien re-reçus, avec le seul bémol que nos hôtes avaient un dîner en ville et ne pouvaient donc rester avec nous, ce que nous étions bien disposés à leur pardonner très volontiers. Nous avons donc déposé derechef nos valises et sommes allés faire un petit tour du Raincy pedibus cum iambis.

Étrange mélange de souvenirs toujours présents concrètement et de changements manifestes.

Nous avons tout de même pu constater que même en proche banlieue parisienne, la réputation que l’on fait aux Français d’être des mauvais coucheurs est très surfaite. Seuls les employés au téléphone d’AVIS nous ont indisposés par leur négligence et leur indifférence. Toutes les personnes que nous avons vues face-à-face furent très courtoises. Même à douze kilomètres de Paris.

Au retour de notre promenade dans les tranquilles ruelles raincéennes, nous avons trouvé Agnès et Nicolas qui nous attendaient et s’apprêtaient à dîner. Nous les avons regardés sans partager leur repas, nous en avions tant soupé que l’appétit n’y était plus. Ensuite nous nous sommes tous installés au jardin et avons discuté de choses et d’autres, et surtout de celles que nous avions en commun, c’est-à-dire de cette inracontable famille à laquelle j’ai l’heur mitigé d’appartenir.

Après une nuit un peu moins tendue, un peu moins blanche, nous avons pris un petit-déjeuner avec nos hôtes, puis la route.

Vers Appoigny

Le tandem Tomtom-Thomas s’est révélé tout à la fois utile et désastreusement irritant, l’élément humain ne transmettant les informations que fort mal, fort tard, et les entrecoupant de commentaires aussi obscurs que superflus. Mais nous avons tout de même réussi à sortir de l’agglomération péri-parisienne et à nous diriger par la route – je ne tenais pas à prendre les autoroutes à péage, faute de moyens de paiement adaptés et d’intérêt pour les autoroutes sans personnalité – jusqu’à Appoigny, où nous sommes arrivés raisonnablement tôt.

Serge nous y attendait et nous accueillit à bras ouverts, à chien lécheur et sauteur et à autre chien grogneur. Il avait fait des frais de bière, de vin et de nourriture pour nous accueillir. Nous avons apprécié son installation, telle que dans nos souvenirs, et son inépuisable générosité. Il nous a régalés de viande grise et de vin sombre, après quoi il nous a conduits vers sa maison avunculaire de Charbuis, qui pourrait être tout à fait habitable si elle était plus souvent habitée. Un bon feu dans le poêle a chassé un peu d’humidité, nous avons passé une agréable soirée, et dormi.

Guédelon

Le lendemain, nous sommes allés en sa compagnie et à sa suggestion visiter le chantier d’un château fort à Guédelon [N 47° 34.884’ , E 3° 9.370’]. Cela faisait quinze ans peut-être que j’avais entendu parler de cette expérience et que je voulais la voir. L’histoire des techniques est parfois assez mal documentée, et les théories des historiens comme celles des archéologues méritent d’être mises à l’épreuve des faits. Ainsi, un charpentier nous a montré et démontré que les poutres avaient bien plus probablement été taillées à la doloire plutôt qu’à l’herminette. On nous a montré comment faire un mortier médiéval, et comment pétrir, former et cuire des tuiles bourguignonnes. Un Anglais a même tourné un bol de bois devant nous. Nous avons tout visité, et nous en gardons un souvenir vivace. La seule nuisance était la volée d’écoliers piaillants et la trop grande affluence de curieux anachroniques (tels que nous). Serge a très longuement parlé avec chacun des artisans. Marcèle courait en avant et s’impatientait, Thomas et moi allions de l’un à l’autre en prenant des photos.

Ensuite nous passâmes voir et visiter le château de la Grande Mademoiselle à Saint-Fargeau, celle-là même, je crois, qui logea au château du Raincy et y fit donner sous sa protection la première du Tartuffe de Molière. Nous avons visité tout ce qui était visitable, y compris les combles, tandis qu’il tombait des hallebardes dissuasives à l’extérieur. Puis nous sommes rentrés fourbus à Charbuis, y avons pris un repas trop copieux pour notre bien-être et nous sommes écroulés bientôt.

Le trajet fut un peu long car Serge, dans le voisinage de Charbuis et d’Appoigny, a coutume de s’arrêter très fréquemment pour montrer l’une des innombrables parcelles microscopiques et dispersées qui constituent son exploitation agricole de 50 hectares, à moins que ce ne soient quelques lapins ou les oreilles d’une biche dans les blés. Et plus loin, pour nous montrer tous les lavoirs et tous les points d’intérêt de la région, qui en est fort pourvue. La densité de ces derniers m’a conforté dans l’idée que l’on ne saurait sérieusement visiter la France, ou même un seul terroir, sans y consacrer beaucoup de temps. Nous avons mangé les meilleurs croissants de notre vie dans le village de Chatel-Censoir [N 47° 31.986’, E 3° 38.055’].

C’est alors que je croisai malencontreusement un miroir qui m’affirma que j’avais toujours une tête de décalé horaire.

Vézelay

Le lendemain, nous sommes allés voir l’incontournable Vézelay, en passant par l’inévitable (pour moi) Asquins, où j’ai des souvenirs émus. La Basilique, pareille à elle-même, ne déçoit pas, la pluie intermittente a laissé assez de soleil pour que nous puissions la voir sous son meilleur jour, et la campagne environnante, mais l’excessive avidité des chasseurs de touristes nous a dissuadés de nous attarder sur cette colline vénale. Le temps était chagrin tout le long du parcours mais quelques éclaircies nous ont permis de voir le paysage sous le soleil qu’il mérite.

Serge se désolait de voir tant de bâtisses en ruines et tant de villages à demi désertés, tandis que je me gavais de visions de vieilles pierres préservées, tout en me disant à part moi que l’absence de développement économique a aussi des effets positifs.

Retour à Charbuis, dîner en compagnie de Serge, longues discussions sur la politique cynégétique française – toujours le même problème, les décisions sont prises par des gens qui n’ont aucune idée de ce dont ils parlent et qui n’auront pas à les subir – puis sommeil.

Le lendemain matin, Serge est venu en compagnie de ses deux chiens, dont il ne peut rester éloigné plus de quelques heures sans se sentir dépérir. Ils nous ont fait fête, même le grognon Ramsès, tandis que l’enthousiaste Flâneur a trouvé chez les voisins un (plus ou moins) labrador, couard, gueulard, mais par ailleurs sympathique.

Lesdits voisins, les Gomez, des Portugais installés en France depuis des lustres, m’ont aimablement prêté leur lien internet le temps que je relève mes messages et que j’envoie un mot à la compagnie FIDO qui n’avait pas activé mon abonnement comme elle m’avait assuré l’avoir fait (mais qui me factura tout de même le service inaccessible).

Enfin, nous avons suivi Serge jusque chez lui à Appoigny, d’où nous pensions partir vers Chantelle en Bourbonnais.

Ou du moins, c’est ce que nous étions censés faire.

Parce que Serge s’arrêtait encore tous les cinquante mètres pour nous désigner derechef l’une de ses parcelles. Ensuite il nous a emmenés dire au revoir à un sien ami, puis à un cousin, puis à un autre… et chaque fois il fallait se battre avec la dernière énergie pour refuser de rester manger et de boire… mais comme le dit si bien Rabelais, « pour ce qui est de manger, qui me peut ne peut ; pour ce qui est de boire, on se force. » Il me fallut ensuite prendre le temps de métaboliser tout ça avant de partir.

Bref, nous ne nous sommes mis en route que vers midi vers Chantelle, par des moyens détournés et des chemins improbables, du fait du duo Thom Tomtom.

-

Chantelle

Là, nous avons compris que le GPS est un système extraordinaire, quand on sait s’en servir… et que la logique de la machine ne doit rien au bon sens. Après de nombreux détours improbables, nous avons fini par trouver la route de Moulins, puis de là, Chantelle, où nous sommes arrivés dans l’après-midi. Trouver à se garer dans ce lieu autrefois tranquille mais devenu touristique ne fut pas trop difficile, un trou providentiel se fit à notre arrivée. Je suis allé demander à la sœur affectée à la vente de bien vouloir prévenir la célèbre sœur Marie-Suzanne (une vedette depuis qu’elle est passée sur TF1) que “ses Canadiens sont arrivés”.

En communauté, tout se partage, même les familles. Nous sommes donc, peu ou prou, apparentés à toutes les sœurs en religion de ma tante. Toute les huit.

Faute de relève – de novices, donc – l’abbaye de Chantelle est vouée à la disparition. Une fois dispersés les reliquats de la communauté rien ne préservera plus le château d’Anne de Beaujeu des diverses avidités ni des profiteurs de tout poil.

L’une des principales raisons de notre expédition en France était de rencontrer les amis et la famille, surtout ceux dont l’âge exigeait une certaine promptitude. Nous avons donc passé avec Tante Claude presque tout le temps de parloir auquel elle a droit, échangé des potins, des photos, et toutes sortes de choses qui devraient lui être agréables. Bien qu’elle ait choisi le cloître, et y soit demeurée depuis 1947, notre vieille tante (mais décidément pas vieille dans sa tête) n’a pas de plus grand plaisir que de recevoir des visites. Elle en souhaiterait bien entendu davantage, mais de là où nous habitons, cela fait loin et cher. Heureusement quelques-uns des plus jeunes parmi mes neveux font l’effort de la visiter parfois.

Je ne prétends pas comprendre comment une personne saine d’esprit – et je ne doute pas qu’elle le soit – peut choisir de mourir au siècle et de se cloîtrer dans une routine immuable. Mais après tout, je ne comprends pas davantage la foi de ceux qui disent l’avoir. Réciproquement, notre bonne tante ne comprend pas les contraintes séculières telles que l’éloignement, le temps de vacances limité, le prix du voyage et la logistique en général.

Aussi contradictoire que le monachisme cénobite, qui consiste en somme à vivre une grande solitude à plusieurs, l’avidité d’information de notre nonne est un peu surprenante. Comme quoi il semble possible de vivre le détachement sans toujours l’éprouver.

Les nonnes se sont empressées de nous recevoir au mieux. Nous nous sentîmes choyés. Les repas furent (en général) excellents, l’hébergement tout à fait convenable et nous eûmes même le temps qu’il fallait pour faire de belles images. Ne manquait que le recueillement nécessaire à la rédaction de ces notes.

Tante Claude jouit d’une grande estime à Chantelle. Nous y avons été reçus somptueusement, avec des torrents d’amabilité. Tout le monde nous connaissait d’avance.

Ça fait peur, un peu.

Bien que les repas à l’abbaye fussent plus que corrects (à deux exceptions près), j’ai tenu à exposer Marcèle et Thomas à la gastronomie locale, dans une auberge récente, très convenable, tenue par un ancien motard et sa minuscule épouse tatouée, fin cordon bleu. Thomas a pris une escalope de poulet sauce forestière, et moi des andouillettes grillées, à la sauce locale (qui ressemble à de la dijonnaise). Un petit Saint-Pourçain blanc pour arroser. Ce fut excellent.

Marcèle a choisi de prendre une pizza.

Le temps étant changeant, nous avons eu toutes sortes de lumières différentes à toute heure du jour, ce qui m’a permis de faire quelques clichés très différents des mêmes vieilles pierres.

Puis vint le moment des adieux. La tante Claude les reçut stoïquement, bien consciente qu’étant donnés son âge et notre état de fortune et de santé, il était fort probable que nous ne nous verrions plus avant que l’un de nous ne passe. Elle fut très contente de notre visite, attristée de notre imminent départ. Mais elle avait appris, depuis 1947 (et probablement un peu plus tôt), à digérer les frustrations et les déceptions. Elle a eu le plaisir, immense pour elle je pense, de voir son neveu, son épouse et, surtout, son petit-neveu Thomas auquel elle voue une adoration à la mesure de son éloignement et de la rareté de ses visites. Elle lui confia quelques archives personnelles qu’elle ne voulait pas laisser détruire ou tomber entre des mains indifférentes.

Thomas et moi n’eûmes pas souvent l’occasion de communiquer avec l’extérieur par internet, du fait de la paucité des liens disponibles mais aussi de la relative complexité du matériel local – ou de l’involontaire incompétence des détenteurs de ce dit matériel.

Nous appréciâmes grandement le confort et la tranquillité de l’hostellerie, où nous étions logés, tout autant la table qui fut excellente… au début. Mais après les deux derniers dîners nous nous sommes félicités de n’avoir pas un appétit à la mesure de celui du rond chapelain, et d’avoir mangé une fois en ville. Encore que, “en ville”, s’agissant de Chantelle, un village perché de mille habitants, soit une expression quelque peu ambitieuse. Mais la librairie vient de rouvrir, ainsi que la bibliothèque (à temps partiel), et la mairie est en travaux. Le syndicat d’initiative sert de mairie en attendant la fin de la reconstruction. La personne qui nous y a reçus fut extrêmement serviable.

Adieux

Le mercredi 22 juin, après un violent orage suivi d’un grand vent, puis d’un soleil éclatant, nous nous promenâmes “en ville” et revînmes à l’abbaye pour notre dernier parloir avec Tante Claude, alias Mère Marie-Suzanne de son nom de guerre, avant notre départ prévu le lendemain 23 juin dès potron-minet. Le petit garage du coin de la rue Anne de Beaujeu avait enfin reçu sa livraison de “fioule”, nous pourrions remplir le petit réservoir de la très économique Peugeot que l’inénarrable compagnie AVIS nous avait consentie. Le chemin serait long, mais nous espérions arriver à bon port un jour, ou une nuit.

Après un dîner en compagnie du gentil chapelain au ventre rond mais à la mince conversation, où les navets et la salade bouillis nous firent éprouver une immense compassion pour les moniales, nous nous retirâmes en nos quartiers pour préparer les bagages et la nuitée, qui devrait être roborative.

Alpes

Thomas avait programmé le GPS, à ma demande, pour éviter les autoroutes à péage. Le résultat fut que la machine nous déconseilla toutes les autoroutes, car elles semblent être pratiquement toutes devenues vénales et privées. Nous passâmes donc par les Alpes, les petites routes en lacet, les corniches, les points de vue splendides et les chemins sportifs… Marcèle a eu peur plus d’une fois, Thomas a trouvé tout cela amusant, et je me suis dit que pour avoir su passer tous ces cols sans trépasser, je méritais pour le moins un témoignage de considération. Nous étions partis de Chantelle et nous allions chez ma cousine Chantal, pas vue depuis trop longtemps, qui se trouve très bien installée dans le Var. Ce fut un long voyage parfois éprouvant mais bellissime, qu’un chaleureux accueil pétillant récompensa.

Le seul regret fut de ne pouvoir prendre des photos tout en conduisant.

Var

L’arrivée chez Chantal se fit sans encombre, avec quelques hésitations – le GPS nous affirmant que nous serions arrivés si nous allions au milieu d’un champ près d’une piste forestière – mais en consultant mon carnet d’adresse en papier et en utilisant un peu de bon sens, nous trouvâmes l’entrée, puis la maison de ma cousine.

La dernière fois que j’avais vu Chantal, c’étais à Paris, dans le XIIIe arrondissement, et elle déménageait terriblement. Psychanaliste, elle avait très fortement impressionné son confrère, beau-frère de ma première défunte épouse – et moi aussi d’ailleurs, tant elle avait du chien. Bien sûr, les années ont passé, mais le chien est resté, et la gentillesse, et le style.

Nous avons passé un trop bref mais très agréable séjour chez Jean et Chantal, qui nous a montré de magnifiques villages des alentours et qui nous a conduits chez mon oncle Jean-Paul, frère de mon père et de ma tante Claude, et qui vient d’avoir 101 ans. Ici et là nous fûmes reçus au champagne, attention à laquelle nous fûmes sensibles. Surtout Marcèle.

Les retrouvailles avec l’oncle Jean-Paul, que je n’avais pas vu depuis je ne sais combien ce décennies, furent extrêmement courtoises, légèrement chien-de faïencesques, mais surtout agréables. J’ai pu constater que le génotype Sallé (ou La Marnierre) est de bonne qualité. Si les pieds sont un peu faibles – l’oncle Jean-Paul a renoncé à conduire il y a trois ans, après un petit accident sur ces difficiles routes de montagne – le cerveau fonctionne manifestement mieux que la plupart des autres, tous âges confondus. C’est, en quelque sorte, rassurant. Il a interrogé Thomas sur ses intérêts et ses perspectives, puis lui a raconté son itinéraire professionnel, atypique, qui le mena des sciences au fonds monétaire international dont il fut sous-directeur.

Montpellier

Puis, après un fort agréable petit-déjeuner en compagnie de nos hôtes, nous prîmes la route pour Montpellier, via Aix, où j’avais envie de revoir le cours Mirabeau. Ville agréable encore qu’étouffante, trop touristique désormais, qui vaut tout de même la peine d’être vue et revue.

À Montpellier nous attendait mon ancienne voisine Myriam, qui avait déjà tout pour plaire. Elle nous a reçus en nous engueulant.

Un problème de communication a fait qu’elle nous attendait la veille. Elle n’avait pas su nos ennuis de voiture teutonne. Elle s’était inquiétée. Néanmoins, elle nous a reçus avec tout ce qu’elle avait, et plus. Nous étions dans son minuscule appartement d’artiste de Montpellier mieux accueillis que dans certain château que je ne nommerai pas.

Marcèle a exprimé à quelques reprises sa frustration de la voir rajeunir en prenant de l’âge. Effectivement, Myriam semble à près de cinquante ans avoir rajeuni d’au moins dix ans depuis la dernière fois que nous l’avions vue. Son enthousiasme intact, sa vitalité inentamée et sa curiosité tous azimuts l’on conservée et régénérée, ainsi qu’un ami de longue date qui lui apporte beaucoup.

Nous avons visité ensemble, selon son expression, « les dessous chics de Montpellier ». La promesse fut tenue. Et davantage. Thomas s’est pris de passion pour les venelles les plus étroites qu’il a pu trouver, et qui sont en effet très photogéniques. Quand je lui en ai signalé une en ces termes « Tiens, toi qui les aimes étroites », Myriam a rosi.

En visitant la partie moderne de la ville, j’ai raté une marche et, comme cela m’arrive parfois, mon genou gauche n’a pas tenu. Je me suis ouvert le genou et le pantalon.

Montpellier est l’endroit où nous aurons eu les nuits les plus torrides. En centigrades. Pour le reste, nous fûmes exemplaires.

Sète

Puis nous nous mîmes en route pour chez mon frère Alain, avec un arrêt obligatoire à Sète, pour visiter la tombe de tonton Georges. Le cimetière marin, que je visitais pour la première fois, a tenu ses promesses, tant visuelles qu’olfactives. La tombe de Brassens est, comme je m’y attendais, modeste et très fleurie.

Le musée Brassens est bien fait, mais rien pour surprendre un adepte du poète.

Après cette visite obligée, nous nous sommes mis en route pour la Catalogne, sachant que nous devrions passer les Pyrénées et entrer en pays de langue catalane. Les Alpes m’avaient préparé au pire, je ne l’ai pas trouvé. Les encombrements de camions dans les tunnels de montagne nous ont fait souffrir, d’autant plus que la petite peugeot n’avait pas de climatisation. Le castillan scolaire, ou ce qui m’en reste, s’est révélé suffisant, et le catalan écrit est relativement intelligible. Parlé, c’est un peu plus difficile.

Catalogne

Finalement, le foutu GPS nous a menés au bas de la colline où se trouve le lotissement dont fait partie la maison de mon frère, et nous a déclaré que nous étions arrivés. Crisse de tabarnak d’hostie de maudite machine. La route avait été longue, des encombrements de camions dans les tunnels avaient érodé leu peu de patience dont je dispose, et les insolentes criailleries de Thomas avaient fini le tout. J’ai arrêté la voiture, je suis sorti, et je suis allé m’asseoir dans l’herbe pour « respirer par le nez ». Après quoi, un aimable résident nous a expliqué en castillan rapide et télescopé que nous devrions aller en haut du village consulter un plan mural, où nous trouverions peut-être la rue de les mimoses (et non celle des mimosas) dont il n’avait jamais entendu parler. En montant, à l’aventure, nous avons finalement trouvé la rue, puis la maison, et nous sommes arrivés juste où il le fallait.

Alain et Geneviève, ainsi que leur petite-fille Alexandra, fille d’Olivier, nous ont accueillis non seulement courtoisement, ce à quoi je m’attendais, mais cordialement aussi. Au mousseux, que Geneviève s’obstinait à nommes champagne, au grand scandale d’Alain qui aime les termes précis.

Leur maison, qu’ils ont conçue et fait bâtir, est idéale pour recevoir. De fait, ils reçoivent souvent leurs enfants et petits-enfants. Nous avons passé là trois nuits fort agréables, ensoleillées, assez en altitude pour ne pas souffrir de la chaleur. Nous avons visité un peu les alentours en leur compagnie, et notamment la promenade marine de la Conqua qui est splendide. Le lendemain, nous sommes allés visiter, trop brièvement, Barcelone, guidés par ma petite-nièce Alexandra. Elle nous a fait rencontrer sa mère Sylvia, une artiste dans tous les sens du terme, extrêmement recevante et enthousiaste. Et nous avons fini, après quelques mésaventures et deux changements de direction, à la gare où nous attendait Olivier, qui nous a reçus avec sa nouvelle épouse chinoise, qui ne parle pas français, mais sait très bien le castillan et l’anglais – qu’elle s’obstinait à utiliser avec nous malgré nos objurgations.

Olivier nous a impressionnés par son aisance en catalan et en castillan. Il paraît qu’il apprend le mandarin. Cela fait contraste avec Alain, qui n’a pas jugé utile d’apprendre ni le catalan ni le castillan.

Le retour en métro avait été compliqué. Le retour en voiture le fut tout autant, car Geneviève avait donné rendez-vous à Olivier à mi-chemin de leurs maisons respectives, à un rond-point. Mais les ronds-points, il y en a autant en Catalogne qu’en France, c’est à dire partout. Il leur a fallu plusieurs coups de téléphone pour se retrouver, le dernier étant interrompu par Alain et Geneviève, de vive-voix, qui étaient arrivés subrepticement et descendus de voiture…

Céret

Nous nous sommes mis en route le lendemain vers 13h, avons brièvement visité Girona, puis sommes rentrés en France où nous avons fait étape à Céret, où nous avons trouvé, grâce à l’indispensable syndicat d’initiative, un petit hôtel très sympathique. Céret est une petite ville très jolie, pleine d’art, calme et agréable. Nous aurions voulu nous y attarder.

Le dîner sur la terrasse, sous la treille, dont les raisins étaient presque mûrs, était excellent et servi par un véritable comédien à l’accent parigot étrange à quelques kilomètres de la frontière. Il nous a pourtant assuré être du cru. Peut-être croit-il qu’on l’a cru.

Puis nous sommes partis pour Pau, en passant à portée de vue de Montségur.

Pau

L’arrivée à Pau fut plutôt désagréable, et l’installation dans le simili-hôtel assez déprimant. L’unique employée de cette étagère à touristes ou à VRP s’est montrée très aimable et coopérative, mais cela n’arrivait pas à rendre agréable cette formule quasiment japonaise.

Je ne raconterai pas l’horreur de circuler dans une ville encombrée aux sens interdits absurdes, ni la hantise de trouver à se garer. Mais à la fin nous avons pu trouver un trou, et visiter au moins la promenade point de vue, le château, la place royale dominée par la statue d’Henri III de Navarre (IV de France) et la ville, moins jolie que celles que nous avons vues jusque là.

Nous sommes repartis de Pau vers le nord. Une étape chez Nadia, la veuve d’un cousin, installée entre des vignes et un golf, en haut d’un coteau de bordeaux, puis étape à Angoulême. Le syndicat d’initiative, toujours serviable et bien informé, nous a indiqué un hôtel répondant à nos critères : pas trop éloigné, facile à trouver, disposant d’un stationnement, de la climatisation et si possible de l’accès à l’internet. Le stationnement était un puits de lumière entre les immeubles et la clim ne fonctionnait pas. Le prix, en revanche, était digne d’un palace. Tenter de dormir à 30°C n’est pas reposant.

Nous ne prîmes pas le temps de visiter vraiment Angoulême, et nous nous enfuîmes vers le nord. Nous n’avons même pas visité Carnac. Nous sommes donc arrivés plus tôt que prévu au Bouillon, où nous attendîmes l’arrivée de Didier et Myriam.

Le bouillon

Ils ont fait de cette ruine une très agréable maison de campagne, très jolie, en réutilisant des pierres orphelines trouvées çà et là. Le résultat est très convaincant, et ne semble pas du tout récent – ce qui pour moi, s’agissant d’une maison, est un rare compliment.

Détail amusant, Didier a fait un petit édifice en forme d’obus au-dessus de son puits pour éviter qu’un enfant n’y tombe, si bien que les gens du cru le pensent plus ancien que tout le reste.

En compagnie de Didier et Myriam, nous avons visité Dinan, Saint-Jacut de la Mer, Saint-Malo, et divers points d’intérêt alentour. Ils nous ont régalés de vrai cidre, de liqueur de cassis faite par Myriam (pour le “kir breton”), de moules à la Didier, et de leur présence. Nous avons eu droit aux feintes bagarres de ces excellents duettistes, aux sketches de Didier dont la vis comica n’a pas diminué, et à toute une moisson de bons souvenirs.

Kérinan

De là, nous sommes allés, qui en méhari, qui en peugeot, à Kérinan, vaste domaine de Claudine, veuve de notre frère Denis. Nous y avons passé deux nuits et la journée qu’elles bordaient, laquelle ne fut consacrée qu’à la visite des terres et d’une partie de la maison. Claudine a récupéré quelques épaves du Raincy, et une grande quantité de bibelots de toutes provenances.

Puis retour vers Paris. Étape en Normandie, dans un petit troquet sans prétention où nous avons très bien mangé, et j’affrontai le cauchemar de la circulation parisienne.

La chambre-studio que nous avions louée s’est révélée un peu moins vaste qu’un carton à chaussures, perchée au dernier étage en haut d’un escalier plus étroit qu’une vierge, dans un quartier proche de tout, mais agrémenté de cris et de bagarres jusqu’aux petites heures du matin. Même avec le gros ventilateur fourni – ce tout petit studio est très bien équipé – nous avons crevé de chaud.

Le sentiment d’insécurité causé par la faune désœuvrée qui hante cet endroit m’a gâché le séjour, ainsi que les nombreux mendiants, escrocs ou voleurs qui épient tous les passants et tentent de leur soutirer quelque chose par divers moyens. On nous a fait le coup de la pétition payante des sourdes et celui de l’anneau d’or trouvé précisément devant nos pieds.

J’en ai conclu que Paris est devenue définitivement infréquentable. Sauf à être escorté.

Nous avons tout de même pu visiter, à pied et en prenant notre temps, les alentours de Notre Dame (mais pas les tours) et du Châtelet, le quartier latin, la place de la Sorbonne, le jardin du Luxembourg, le musée de Cluny, le Louvre (en partie hélas, mais nous y prîmes un excellent déjeuner, notamment un gazpacho qui, aux dires de Thomas, aurait fait baver Martin), la Sainte-Chapelle, la Conciergerie – et même un peu le palais de justice, désert, où nous avons cherché en vain le portrait du sieur Phelippes de La Marnierre ou, à défaut, quelqu’un pour nous renseigner. Nous avons fait aussi un tour de bâteau-mouche en compagnie d’un banc de touristes asiatiques, et vu Paris comme je ne l’avais jamais vu.

Mais entre la chaleur de la journée et la faune de la nuit, nous n’avons pas pu profiter de Paris autant que nous l’aurions souhaité. C’est donc avec un certain soulagement que nous avons rendu les clefs du studio et appelé un taxi – maghrébin – qui nous a conduits calmement, expertement jusqu’à Roissy, où nous avons pris un autre A-380. Le vol de retour ressembla en tous points au précédent, modérément agréable. Le personnel de bord fut tout aussi courtois. Vol sans histoires, et nous savions que Marie, fidèle amie de Marcèle, nous attendrait à l’arrivée.

Mais nous n’avions pas prévu qu’elle devrait nous attendre autant.

Douanes

À la suite d’un malentendu administratif, une employée de PET nous a dénoncés aux douanes, qui nous ont retenus une heure et demie, ont défait et fouillé tous les bagages, fouillé les poches, les sacs et les portefeuilles, nous retenus prisonniers dans une pièce sans toilettes, tout examiné, tout facturé.

Le jeune homme fluet qui procédait à cette fouille en règle se montra très professionnel, correct, courtois même. Mais pour nous il était deux heures du matin et nous n’avions pas bien dormi les nuits précédentes.

On nous compta tout, et le reste. Tout ce qui avait été dépensé, fussent les cartes postales envoyées, un tube de dentifrice entamé, un paquet de cigarillos dans lequel il ne restait que la moitié, etc.

Heureusement, les factures prouvaient que nous ne cherchions pas à frauder, et nous ne fûment que peu pénalisés – mais comme j’ai payé, j’ai désormais un dossier au fédéral…

Marie n’a pas de cellulaire. Heureusement, elle a appelé le mien, j’ai pu lui expliquer ce qui se passait, et elle a poussé la gentillesse jusqu’à nous attendre. Des heures.

Ensuite, nous n’avons pas trouvé tout de suite sa voiture…

Puis nous sommes arrivés chez nous.

Depuis ?

Je dors.