mercredi 26 septembre 2012

politique culturelle


La politique culturelle


C’est une expression étrange, “politique culturelle”. Tout autant que “industries culturelles”. Ça frise l’oxymore. Ça permet de se vanter de faire quelque chose, mais parfois la réalité n’est pas à la hauteur.
La ville de Terrebonne s’est donnée une “politique culturelle” ambitieuse, pratiquement irréprochable sur le papier, qui se déroulera sur trois ans – l’administration actuelle n’envisageant pas le moindre changement lors des élections de 2013, ce qui est une hypothèse plausible eu égard au faible niveau de mobilisation citoyenne dans la région. Cette politique est d’autant plus intéressante que la municipalité a consulté quelques membres de la population, surtout des responsables d’associations, et les media locaux – lors d’États généraux de la culture, et a repris dans sa politique les suggestions que nous lui avons faites – ce que nous apprécions. 

 -    Bien entendu, le dire c’est bien, le faire c’est mieux, et nous surveillerons les conséquences effectives dans le domaine culturel. Les locaux, les organismes, les institutions sont nécessaires, mais la culture est un domaine où l’immatériel compte au moins autant que le concret. Rien de “culturel” ne peut advenir sans implication de la population, sans participation des “simples citoyens” – et non seulement des acteurs habituels du milieu. Sinon, on fait encore du béton, de l’asphalte, on nomme des comités, on crée d’autres postes de prestige, des “événements”, tout fonctionne encore en circuit fermé… et très peu transpire dans la population générale.

-    Donc, pour compléter l’initiative de la mairie de Terrebonne, il me semble nécessaire de procéder à une mobilisation d’envergure de la population, et pour cela impliquer le plus de gens possible dans les décisions et dans les réalisations, le plus souvent possible, en s’efforçant de sortir du petit cercle des habitués. C’est, évidemment, plus facile à dire qu’à faire, et ça ne peut être fait de haut en bas, ni surtout en regardant le bas d’en haut.

     On en revient à cet outil indispensable et de plus en plus nécessaire, les comités de quartier, qui permettraient de consulter directement les voisins et de faire remonter, en permanence, leurs soucis et leurs suggestions vers les centres de décision. C’est une proposition de Renouveau Terrebonne qui reste d’actualité ; pour citer Gaston Miron (qui le disait à un autre sujet), «Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver.»
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     La culture, c’est d’abord – pas exclusivement, mais principalement – la lecture. Terrebonne pouvait se féliciter d’avoir l’une des dernières véritables librairies de la province, une institution prestigieuse fondée par les Lincourt et tenue par leurs trois héritiers avec une conscience et une application dont je puis témoigner. Mais les Lincourt ont été forcés, contre leur gré et à leur grande tristesse, de quitter Terrebonne et leur magnifique librairie, faute de soutien de la ville, faute de climat favorable dans le Vieux-Terrebonne. Ils vont ouvrir un magasin de livres et de jouets à Mascouche, où on les reçoit à bras ouverts. Cette perte immense, irrémédiable, consacre l’évolution du Vieux-Terrebonne en réserve de condominumicoles riches mais peu intéressés à la vie locale, où seuls sont bienvenus les plus solvables des locataires et les propriétaires consommateurs de luxe, mais sans aucune puissance d’Attraction pour les citoyens de la Terrebonne élargie, malgré les spectacles au TVT vendus à prix d’or. Les petites boutiques sympathiques laissent la place à des commerce de luxe, ou à rien du tout. Les organismes d’Aide à la population disparaissent, et le phare culturel de la région n’a pas été encouragé à rester, pour le moins. Le Vieux-Terrebonne ne sera pas le Saint-Sauveur de la Couronne nord, pas même une annexe du Plateau Mont-Royal - où il y a de la vie. Ce ne sera plus, à terme, qu’une résidence pour très solvables. 

     L’absence de mixité sociale, voire l’épuration socio-économique délibérée, est rentable, financièrement, pour un temps, mais il est avéré que cela n’a rien de durable ni rien de convivial et que les quartiers réservés aux riches deviennent des dortoirs, au propre et au figuré.

     Le départ des Lincourt est le dernier drame qui prouve que dans le Vieux-Terrebonne, il y aura bien des industries culturelles, des événements prestigieux, mais de culture, point.

     C’est avec tristesse que je remercie les Lincourt pour avoir consacré leur vie à éclairer les esprits, et non pas seulement à faire marcher leur entreprise. Les marchands de livres qui restent ne les remplaceront pas, pas plus que quelques chétifs arbrisseaux ne peuvent remplacer les forêts arrachées au profit de l’asphalte et du béton. _ 

1 commentaire:

Robert Bordeleau a dit…

C'est un très beau texte,écrit avec justesse. Effectivement le vieux Terrebonne se transforme mais pas de la bonne façon, comme nous à Laval, les grands penseurs cherchent à faire disparaître l'histoire et essais d'en créer une nouvelle avec plus de béton....