vendredi 5 novembre 2010

Pourquoi l’engagement ?

Pourquoi l’engagement ?

Je me suis toujours intéressé à la politique, mais de loin. Je n’y ai jamais cru au point de m’y lancer, je n’ai jamais fait qu’accompagner des gens qui avaient le courage, l’énergie (ou la naïveté) de s’impliquer personnellement comme candidats. Je préfère rester dans l’ombre confortable, simple citoyen, responsable de ses opinions et de ses choix mais non de ceux d’autrui. J’ai adhéré à des partis dont les causes qu’ils défendaient me semblaient les plus proches de celles que je voulais voir progresser. Mais il arrive parfois que même le plus obscur des citoyens doive affirmer ses choix autrement qu’en se cachant derrière un porte-parole.

Quand j’ai rencontré les jeunes (et moins jeunes) fondateurs du parti municipal Renouveau Terrebonne, j’ai pensé, sur le coup, que ce serait une bonne idée de leur donner un modeste coup de main, et ce pour deux raisons.

La première, évidente pour moi, c’est qu’il est furieusement antidémocratique d’élire un maire et tous ses conseillers “par acclamation”, autrement dit sans consultation populaire, donc sans légitimité autre que celle du désintérêt des citoyens, de l’absence de rivaux. Il me semblait tout à fait aberrant que la gestion de la ville ne soit pas confiée à des gens effectivement choisis par la population.

La seconde, c’est que l’absence d’opposition me semble éminemment malsaine. Non que je soupçonne a priori tous les maires et tous les conseillers municipaux d’être malhonnêtes et corrompus. Mais la présence d’une opposition est la garantie que, si quelque chose devait se faire irrégulièrement, cela se saurait et serait donc finalement corrigé. Je ne voudrais pas d’un gouvernement, à quelque niveau que ce soit, qui pourrait faire tout et n’importe quoi en secret sans jamais rendre de comptes, car ce serait le risque qu’un tel gouvernement fasse effectivement n’importe quoi.

Ne les soumettez pas à la tentation

Les scandales qui ont agité le Québec depuis longtemps et encore cet été et qui, manifestement, n’en sont qu’à leur début, prouvent assez que dès lors qu’il s’agit d’administrer les deniers publics, la plus grande prudence et surtout la plus grande transparence sont indispensables. Cette transparence ne peut en aucun cas se trouver durablement dans un parti unique monolithique.

Les diverses malversations coûtent un prix exorbitant aux contribuables, alors même qu’on tente de les convaincre que nous n’avons plus les moyens, collectivement, de maintenir notre civilisation, celle-là même qui nous enseigne à ne pas laisser dans la misère et la maladie les moins fortunés, et que la dignité de l’être humain ne se mesure pas en numéraire.

Il se trouve que j’ai peu de goût pour l’adhésion silencieuse, à quoi que ce soit. Je ne me laisserai jamais volontiers imposer un bâillon, fût-ce par une majorité absolue. J’ai donc souhaité avoir mon mot à dire dans le petit nouveau parti, qui par ailleurs partageait mes préoccupations. J’en suis donc devenu membre, dans l’intention de le maintenir sur un chemin compatible avec mes opinions. Jusqu’ici cela ne m’a pas posé problème.

Et puis, il y a eu une élection municipale, il y a un an, au grand déplaisir d’ailleurs de certaines personnes qui semblaient trouver que l’exercice de la démocratie était illégitime au municipal, opinion que je partage si peu que je la trouve incompréhensible.

Si vous ne vous occupez pas de politique…

Cette élection fut un échec. Pas tant du fait que tous les sièges, sans exception, ont été raflés par les gens du maire, qui s’est dont retrouvé de nouveau entouré d’une indéfectible approbation silencieuse et totalement maître du destin de la ville sous tous ses aspects. Si je trouve que ce fut un échec, c’est qu’environ un tiers seulement des gens qui vivent là - et y paient des taxes municipales, des tarifs de services plus ou moins publics, et les amendes que perçoit la police (qui ne contribuent pas peu au train de vie municipal) – sont allés voter.

L’équipe au pouvoir ayant obtenu deux fois plus de voix que le tout jeune et tout récent parti rival, elle se trouve donc jouir d’une autorité sans partage en ayant reçu moins du quart (deux tiers de un tiers) des voix des électeurs inscrits. C’est très peu pour asseoir une légitimité, c’est très désolant de la part des citoyens qui ne se priveront pas de se plaindre, anonymement, des politiques municipales mais ne se déplaceront même pas pour voter à bulletin secret dans l’isoloir. Est-ce de la paresse ou de la couardise, ou peut-être de l’inconséquence, en tout cas ce n’est certes ni du courage ni de la détermination.

Car, disons les choses comme elles sont, le maire de Terrebonne n’a pas fait abattre ses opposants, il ne leur a pas même fait briser les os, il s’est contenté de conseils amicaux portés par des personnes d’influence. Terrebonne n’est pas le Chili de Pinochet, il est possible d’exercer son droit de vote sans craindre pour sa vie et celle de ses enfants.

Ce que les habitants n’ont pas fait.

Je déclare donc élu le parti abstentionniste, mais cela ne règle pas le problème de la gestion, de la transparence, de la vérification.

Chacun sait, ou devrait savoir, que l’attribution des marchés de travaux publics est toujours et partout un exercice délicat, que la concurrence y est vive, que les soumissions doivent être faites d’une manière irréprochable et que les marchés, une fois passés, doivent être parfaitement transparents. Faute de quoi il se pourrait que les factures soient surestimées, jusqu’à près de 20%, voire même davantage, et qu’il y ait des dessous de table, des pots de vin, des enveloppes brunes et des pressions.

Ne riez pas, il paraît que de telles choses sont vraiment arrivées jadis, ou dans certains pays moins civilisés que le nôtre.

Nous voulons que notre civilisation reste civilisée. Pour éviter qu’une telle gangrène ne se répande, et que la pègre ne contrôle absolument toute la vie publique, nous devons pratiquer une saine hygiène politique, protéger nos élus de toute intervention abusive, éviter les zones d’ombre où prolifère la vermine, et d’une manière générale mettre en place une prophylaxie sociale efficace.

C’est précisément à cela que servent nos systèmes politiques, qui s’efforcent d’être démocratiques. Mais une loi ne vaut que si elle est appliquée, et dans ce cas précis, aucune démocratie n’est possible sans la participation active d’une majorité de la population. Le décrochage politique produit des effets aussi désastreux que ceux du décrochage scolaire.

Plusieurs enquêtes sont en cours dans divers coins du Québec, dont j’espère que sortira quelque chose, et surtout un assainissement de notre vie politique, de l’industrie, et beaucoup d’économies. Les divers journaux télévisés, les quotidiens et les émissions d’enquêtes ont entrepris ce que le gouvernement du Québec répugne à faire : débusquer les irrégularités et y mettre bon ordre. Si le scandale est suffisant, si l’opinion publique se manifeste, on peut espérer une certaine amélioration.

Mais tel ne sera pas le cas si la population se désintéresse toujours autant de ce qui la regarde, si les gens ne s’indignent que du bout des lèvres, avec une colère éphémère, ne prennent pas soin de choisir leurs élus avec discernement – et surtout de les surveiller très attentivement.

Il est facile de blâmer ceux qui ont abusé de leur position. Facile, mais nécessaire. Mais il faut aussi (surtout ?) blâmer ceux qui les ont mis là, qui les y ont laissés, et qui ne s’y sont pas intéressés.

Tant il est vrai qu’en fin de compte, nous avons les gouvernements que nous méritons. Et les maires aussi.

Thibaud de La Marnierre

3 commentaires:

mds a dit…

C'est un article très pertinent avec une analyse juste de notre politique et surtout l'acceptation d'irrégularité tant municipale que provinciale.
Indignons- nous.soyons solidaires et agissons,

ThoMiCroN a dit…

Je connais un journal illustré par un canon, qui aimerait bien avoir ce texte...

Norman a dit…

Idées claires, expression de la même couleur, diplomatiquement élégant, que voilà un article bien pensé et bien pesé !
Bravo, maestro !